Six ans dans une bulle : l’université Titu Maiorescu et le mirage de la licence

J'ai choisi l'université privée Titu Maiorescu, espérant que cet investissement dans mes études me garantirait un bon départ. Ce furent six longues années, un marathon durant lequel j'ai combiné licence et master, rêvant du jour où j'aurais mes propres instruments et mes propres patients. Mais la vie en a décidé autrement. La pandémie de COVID-19 a frappé au moment précis où j'avais le plus besoin de pratique. Nous nous sommes retrouvés médecins « sur le papier », l'esprit rempli de théorie, mais les mains inexpérimentées, victimes de circonstances malheureuses et indépendantes de notre volonté.

Une fois mes études terminées, j'étais prêt à conquérir Bucarest. La réalité ? La capitale m'a regardé avec indifférence. « Avez-vous de l'expérience ? » « Non, j'ai fait mes études universitaires pendant la pandémie. » « Désolé, nous n'offrons pas de poste aux médecins sans expérience. »

Le compromis : un an et demi aux pieds des autres

J'ai ravalé ma fierté et pris du recul. Pour survivre et rester dans le milieu clinique, j'ai accepté un poste d'assistante dentaire dans une clinique de Bucarest. Moi qui étais censée soigner, je préparais les plateaux, aspirais la salive et observais les autres exercer le métier pour lequel j'avais passé des nuits entières à étudier.

Source : Archives personnelles Ghinea Mihai Marcel

Source photo : Archives personnelles/ Ghinea Mihai Marcel

Ce fut une période d'humilité constructive, mais aussi de profonde tristesse. À Bucarest, je n'étais qu'un nom de plus dans une base de données, une « assistante » ignorée par les cliniques qui ne souhaitaient pas investir de temps dans la formation d'une jeune personne. Je sentais mon rêve s'évanouir sous la lumière des lampes opératoires que je réglai pour d'autres médecins.

Retour aux sources : Câmpulung Muscel, mon salut

Après un an et demi d'assistance, j'ai pris une décision qui, pour beaucoup, a semblé être un échec : j'ai quitté Bucarest. Je me suis dirigée vers Câmpulung Muscel, une ville proche de ma maison d'enfance, près de ma famille et des lieux où j'ai grandi.

C’est là que le miracle s’est produit. Les habitants de Câmpulung ne m’ont pas perçu comme un « produit de la pandémie », mais comme un jeune homme désireux de travailler, doté de solides connaissances théoriques qui ne demandaient qu’à être mises en pratique. J’ai été compris, accepté et, pour la première fois, respecté.

Source photo : Archives personnelles/ Ghinea Mihai Marcel

Source photo : Archives personnelles/ Ghinea Mihai Marcel

Le présent : un rêve devenu réalité à 27 ans

Cela fait trois mois que je suis dentiste au sens propre du terme. Depuis janvier, ma vie a radicalement changé. J'ai mon propre cabinet, ma propre assistante qui m'aide désormais, comme je le faisais autrefois pour mes patients. Je suis rémunéré à ma juste valeur, je bénéficie de conditions de travail bien meilleures et, surtout, j'ai le respect de la communauté.

Les habitants de Câmpulung Muscel franchissent le seuil de ma porte avec assurance, et je leur réponds avec toute la passion accumulée durant ces années d'attente. Je suis près de mes parents, dans le calme de la maison, et je réalise que mon échec à Bucarest fut, en réalité, ma plus grande chance.

Un message pour les collègues de l'hôpital Titu Maiorescu et d'ailleurs.

Si vous êtes étudiant ou jeune diplômé et que vous avez l'impression d'être bloqué parce que « vous n'avez pas de pratique », ne désespérez pas.

N’ayez pas peur de commencer comme assistant : cela vous apprendra la rigueur et l’humilité nécessaires à un bon médecin.

Source photo : Archives personnelles/ Ghinea Mihai Marcel

Source photo : Archives personnelles/ Ghinea Mihai Marcel

Bucarest n'est pas le centre du monde : il existe des villes qui ont désespérément besoin de votre énergie et de vos compétences, où vous serez considéré comme une personne, et non comme un numéro. Même si cela peut paraître paradoxal, vous trouverez davantage d'opportunités et d'avantages en province que dans la capitale.

Chérissez vos études : même si la pandémie nous a privés de notre pratique, elle n'a pas pu nous voler notre détermination.

Aujourd'hui, lorsque j'enfile mon badge « Dr Ghinea Mihai Marcel », je sais que chaque séance de travail et chaque refus à Bucarest ont été des étapes vers ma réussite ici, à Muscel. N'abandonnez jamais vos rêves, même si le chemin vous emmène dans des endroits inattendus.

Source : Témoignage personnel. Article rédigé par le Dr Mihai Marcel Ghinea.

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