Le dîner entre amis : pourquoi le menu de Malte est resté figé en 1964
Imaginez un dîner où vous n'avez le choix qu'entre steak et poisson, indéfiniment. Pas d'options végétaliennes, pas de cuisine fusion, et surtout pas de dessert à moins que la majorité ne soit d'accord. Voilà la réalité du pluralisme politique à Malte. Tandis que le reste du monde se débat avec la complexité des années 2020, notre système politique reste un bras de fer entre deux géants, laissant toute une génération de penseurs, de militants et d'innovateurs sur la touche, sans camp à rejoindre.
Mais il ne s'agit pas simplement d'une métaphore pour un samedi soir ennuyeux ; c'est le modèle du Parlement maltais. Depuis des décennies, notre paysage politique est un duopole : un géant à deux têtes où le Parti travailliste (PL) et le Parti nationaliste (PN) se partagent le pouvoir.
Lors des élections européennes de 2024, une faille est apparue dans le système. Les « super-majorités » traditionnelles ont commencé à s'effriter et un nombre record d'électeurs se sont tournés vers d'autres options. Pourtant, à cause d'un système truqué pour privilégier la stabilité à la diversité, le résultat est resté le même : Rouge et Bleu. Aux yeux du monde extérieur, Malte apparaît comme une démocratie stable. Pour ceux d'entre nous qui y vivons, c'est plutôt un équilibre stagnant où les idées nouvelles sont étouffées car elles ne correspondent pas à un schéma préétabli.
En avril 2024, j'étais assis en face de la nouvelle présidente de la République, Myriam Spiteri Debono, lors de l'émission télévisée Popolin . Ma question était simple : comment remédier au manque de pluralisme et au système bipartite étouffant qui caractérise nos îles ?
Sa réponse était révélatrice. Elle a admis que le système actuel n'aide pas vraiment les jeunes à s'engager en politique. Ce fut un rare moment de franchise institutionnelle, mais il a laissé un goût amer. Reconnaître que la porte est verrouillée est une chose ; en remettre la clé en est une autre.
La réponse du Président s'est concentrée sur la difficulté d'accès à la vie politique, mais a éludé la question du pourquoi . Le pourquoi, c'est que notre structure politique ne se contente pas d'échouer à attirer les jeunes ; elle est activement conçue pour limiter leur participation. Lorsque le plus haut représentant de l'État reconnaît que le système est défaillant sans pouvoir proposer de solution, on comprend que le pluralisme ne se décrète pas ; il doit être exigé dans la rue.
