Chaque jour, environ 35 nouveaux véhicules viennent s'ajouter aux routes maltaises déjà saturées, selon les données de l'Office national des statistiques. Face à l'aggravation des embouteillages et à l'allongement des temps de trajet domicile-travail, la dernière proposition du gouvernement, offrant 25 000 € aux conducteurs acceptant de renoncer définitivement à leur permis, a suscité un débat national : cette mesure s'attaque-t-elle aux causes profondes du problème ou se contente-t-elle de le contenir ?
Malte est confrontée depuis longtemps à d'importants problèmes de circulation, des milliers de véhicules se disputant l'espace sur cette petite île densément peuplée. Pour de nombreux usagers, les trajets courts peuvent durer deux fois plus longtemps que prévu. Les transports publics, et notamment le réseau Malta Public Transport (MPT), font l'objet de critiques persistantes concernant leurs retards et leur manque de fiabilité, contraignant de nombreux habitants à utiliser leur voiture. Le MPT est en effet le seul service de transports publics. En dehors de ces difficultés, les habitants peuvent également faire appel à Bolt ou Ecabs.
Les préoccupations environnementales rendent le problème encore plus urgent. La majorité des véhicules circulant sur les routes maltaises fonctionnent grâce à des sources d'énergie non renouvelables, contribuant ainsi aux émissions polluantes et soulevant des questions quant à la durabilité du modèle de transport actuel de l'île.
En réponse, le gouvernement a mis en place un dispositif entré en vigueur en janvier 2026, offrant 25 000 € aux personnes qui restituent volontairement et définitivement leur permis de conduire. Cette initiative vise à réduire le nombre de conducteurs sur les routes et à encourager une plus grande utilisation des transports en commun.
Pourtant, cette politique a rapidement suscité des critiques de la part du public, qui estime qu'elle ne s'attaque pas au véritable problème : l'absence d'un système de transport public fiable et efficace. Sans améliorations significatives, ses détracteurs affirment qu'elle risque de n'être qu'une tentative coûteuse de masquer les symptômes d'un problème structurel plus profond.
Des inquiétudes ont également été soulevées quant à l'efficacité du dispositif. Certains habitants soulignent que les personnes qui rendent leur permis de conduire ne possèdent peut-être même pas de voiture. « Beaucoup de ceux qui rendent leur permis n'ont pas de voiture », a déclaré un riverain, se demandant si l'initiative permettra réellement de réduire le nombre de véhicules en circulation.
D'autres ont exprimé des doutes quant à la responsabilité et à l'utilisation des fonds publics. Les critiques s'interrogent sur la manière dont les autorités s'assureront que les personnes qui renoncent à leur permis ne continuent pas à conduire au volant d'un véhicule immatriculé au nom d'une autre personne. Sans application rigoureuse, affirment les sceptiques, le dispositif risque de se réduire à un simple versement d'argent sans impact concret significatif.
Cette initiative a également suscité des inquiétudes quant au fait que cette aide financière importante pourrait attirer de manière disproportionnée les jeunes en difficulté. Certains observateurs craignent que cette politique n'incite les individus à renoncer à leur permis de conduire, sans pour autant leur offrir la moindre garantie que les transports en commun puissent répondre à leurs besoins quotidiens.
Par ailleurs, des questions subsistent quant à la viabilité à long terme du dispositif. Alors que des dizaines de nouveaux véhicules continuent d'être mis en circulation chaque jour à Malte et que de nouveaux permis sont délivrés chaque année, les critiques s'interrogent sur la durée pendant laquelle le gouvernement pourra raisonnablement se permettre de rémunérer les conducteurs pour qu'ils renoncent au leur.
La frustration du public s'est même exprimée par la satire. Dans une vidéo récemment diffusée en ligne, un humoriste maltais, James Ryder (@jamesrydercomedy sur Instagram), a illustré cette politique par une vidéo simple : un verre déjà débordant d'eau, le robinet toujours ouvert, et le gouvernement qui retire soigneusement une seule goutte du bord.
Pour de nombreux observateurs, cette image illustre la frustration croissante suscitée par la politique de circulation à Malte. Si le robinet reste ouvert et que le verre continue de se remplir, la question demeure : retirer une seule goutte est-il une véritable solution, ou n’en est-il qu’une illusion ?
