Tout d'abord, de qui parle-t-on ? Les membres de la génération Z, nés approximativement entre 1997 et 2012, sont concernés par la santé mentale et les facteurs qui l'influencent, un enjeu majeur pour les jeunes d'aujourd'hui.

Une crise silencieuse

Entrons dans le détail. Dans un discours prononcé en février 2025 au Parlement européen, le commissaire européen à l'équité intergénérationnelle, à la jeunesse, à la culture et au sport, Glenn Micallef , a évoqué une « crise silencieuse » qui affecte la santé mentale des jeunes Européens et, par conséquent, l'avenir de l'Europe.

Dans son rapport, il a souligné à quel point la pandémie de Covid-19 avait aggravé la santé mentale des jeunes Européens. En effet, les mesures prises par les gouvernements lors des pics de la pandémie, telles que le confinement et les restrictions imposées à la vie sociale quotidienne, ont principalement touché les jeunes, dont les compétences sociales, encore en développement, ont subi un net ralentissement. Les statistiques le confirment : en 2019, environ 17 % des jeunes de 15 à 29 ans déclaraient souffrir de troubles psychologiques, tandis qu’après la période de confinement, ce chiffre a doublé.

Par ailleurs, selon une analyse mondiale réalisée en 2021 par Jama Pediatrics , 1 jeune sur 4 a vu ses symptômes dépressifs s'aggraver et 1 sur 5 a déclaré que son anxiété avait augmenté au cours de la première année de pandémie.

Pourquoi la génération Z est-elle si stressée ?

L'état de santé mentale actuel de la génération Z est la conséquence de plusieurs événements et phénomènes qui ont profondément transformé la société. De nos jours, un sentiment commun se dégage, que l'on peut résumer en un seul mot : la solastalgie. Ce terme désigne le sentiment d'impuissance absolue face aux crises mondiales actuelles, qui semblent incontrôlables. Par exemple, 45 % des jeunes adultes âgés de 16 à 25 ans déclarent souffrir d'éco-anxiété, la peur chronique des changements climatiques drastiques.

Les guerres actuelles, l'inflation et la hausse du chômage sont également des enjeux cruciaux. Une étude menée en 2023 par Harmony Healthcare IT révèle que pour 48 % des jeunes de 18 à 26 ans interrogés, la principale source d'anxiété était la peur de l'avenir, suivie par l'insécurité financière et professionnelle.

Enfin, les réseaux sociaux et les technologies ont également un impact problématique sur la santé mentale des jeunes. Plusieurs études ont montré que l'utilisation accrue des appareils technologiques est liée à l'apparition de troubles psychologiques typiques des addictions.

Quel est l'avis des sociologues ?

Selon Zygmunt Bauman, l'insécurité est un phénomène social propre à une société instable qui, ayant perdu ses anciens repères culturels, tels qu'un emploi stable ou la famille, est soumise aux mutations rapides qui submergent ses membres, plongés dans une « modernité liquide ». Tout se déforme continuellement selon les canons sociaux d'une période historique donnée, lesquels sont par nature changeants, à l'image d'un fluide contenu dans différents récipients.

Par exemple, le système économique mondialisé moderne favorise un marché du travail rapide, caractérisé par des contrats à durée déterminée qui accroissent la précarité des travailleurs, un phénomène que l'intelligence artificielle accentue. De même, le contexte politique instable actuel, marqué par le chaos et la force plutôt que par le droit et la diplomatie, contribue à instaurer un avenir incertain, susceptible d'engendrer une fragilité psychologique.

Les personnes seules peinent à s'adapter à ce monde trépidant et, dans leur effort, finissent par se perdre dans un tourbillon sans fin où elles ne savent plus qui elles sont vraiment. En tentant de se conformer aux attentes d'une société en perpétuelle mutation et de ses institutions instables, elles deviennent constamment victimes d'un processus de transformation qui engendre l'insécurité.

Jean Baudrillard (1929-2007), auteur de « Simulacres et Simulation » (1981), affirme que la société vous définit par vos possessions. Ce qui compte, c'est ce que vous possédez, et non ce que vous êtes.

Cependant, ce que vous possédez dépend de ce que la société et les entreprises veulent que vous possédiez. Pour susciter en vous le désir de leurs produits, elles créent un sentiment d'insécurité et, simultanément, vous proposent un produit comme s'il pouvait y remédier. C'est cette stratégie cruelle qui fait le succès du consumérisme.

De plus, comme chacun a peur d'être exclu, ils ont tendance à se conformer à des normes sociales qui ne représentent pas réellement leur personnalité.

Dans ce cas précis, les réseaux sociaux jouent un rôle central : ils servent de vitrine pour exhiber ses possessions. Cependant, cela alimente la comparaison et la compétition avec autrui, car plus on possède, plus on est estimé. Ce phénomène engendre l’angoisse d’être exclu, connue sous le nom de FOMO (Fear Of Missing Out – peur de manquer quelque chose) ou syndrome de l’imposteur, c’est-à-dire la conviction d’être moins compétent que les autres malgré ses réussites.

Cette situation peut engendrer une anxiété sociale, caractérisée par une peur chronique de toute interaction sociale, souvent à l'origine d'un manque de confiance en soi et d'une crainte du jugement. Les réactions à ce malaise se divisent en deux catégories : l'isolement et la dissociation de la réalité, comme en témoigne le phénomène des hikikomori, ou l'« anxiété de performance », qui consiste en un besoin de se prouver à soi-même ou aux autres ses propres qualités par un travail ou des études intensifs, dans une quête constante d'une satisfaction personnelle susceptible de combler ce vide intérieur, même si ce dernier restera toujours insatiable.

Perspectives d'avenir de la génération Z

Ce que vit la génération Z est sans précédent. Nous vivons une période historique où les perspectives d'avenir s'assombrissent au lieu de s'améliorer. Les générations précédentes ne peuvent pas en dire autant . Si les jeunes d'aujourd'hui se tournent vers l'avenir, ils ne voient que des incertitudes, et non de l'espoir. Ils ressentent de l'anxiété, au lieu d'ambition. Mais le plus inquiétant, c'est que les personnes au pouvoir, pour la plupart, ignorent cette situation et, ce faisant, non seulement elles sacrifient l'avenir de la jeunesse, mais elles la privent aussi de sa capacité à rêver.

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