L'histoire de l'art occidental, aussi vaste soit-elle, ne dissimule pas ses démons. Elle les expose, à travers des chefs-d'œuvre représentant des femmes dans leurs moments de désespoir, des statues de terreur et de violence. Ces peintures et sculptures sont encensées comme des exemples de virtuosité technique et artistique, et les spectateurs succombent à cette illusion. C'est la composition de l'humiliation, la chorégraphie de la poursuite sexuelle, le drame de l'enlèvement, et non le récit macabre, qui fascinent.
Ce paradoxe soulève une question que nous, spectateurs, préférons ne pas formuler à voix haute : pourquoi la souffrance féminine est-elle devenue un objet d’admiration ?
Des représentations mythologiques à l'imagerie biblique, les artistes ont maintes fois transformé la vulnérabilité féminine en spectacle, en démonstration de véritable virtuosité artistique. Le canon occidental a été façonné par les traditions culturelles, les mythes et les légendes, sous l'influence de ce que les médias modernes appellent le regard masculin. L'étude de ces idées permet de comprendre ce schéma brutal.
Permission divine
L'inspiration de nombre de ces œuvres célèbres et violentes provient de la mythologie classique. Les Métamorphoses d'Ovide, l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, la Bible elle-même, nourrissent la romantisation de la souffrance féminine, offrant aux artistes les drames, les tragédies empreintes de quête et de divinité, sources d'inspiration pour de tels chefs-d'œuvre.
Des mythes tels que l'enlèvement de Proserpine , le viol d'Europe , le kidnapping massif des Sabines sont devenus certaines des représentations les plus célèbres de l'Antiquité dans le canon occidental.
Ces récits, issus de la culture classique alors en vogue à Rome, capitale artistique de l'Occident, étaient perçus comme des drames passionnés plutôt que comme des atteintes humiliantes à l'autonomie féminine. Ils devinrent des thèmes appropriés et opportuns pour l'art savant, permettant aux artistes d'explorer la nudité, la poursuite et la lutte passionnée, tout en préservant leur prestige au sein du monde intellectuel.
Ce qui expliquerait pourquoi ces représentations de violations sensuelles se retrouvent dans des églises et des palais, suscitant l'admiration pour la maîtrise de l'artiste plutôt qu'un malaise moral face à une violence manifeste.


