Photo de Daniel Kružík : pexels.com

En 2021, les Européens se sont tournés vers l'UE pour obtenir une relance économique et un cadre de solidarité permettant de coordonner les connaissances, les ressources et la réponse collective pendant et après la pandémie.

Aujourd'hui, on s'y fie pour obtenir une protection au sens beaucoup plus large. Alors que s'ouvrent les négociations budgétaires pour la période 2028-2034 , une comparaison entre l'opinion publique actuelle et celle d'avant le précédent cadre financier révèle une évolution : d'une attente de protection économique née de la crise, on est passé à une demande plus générale de sécurité, de stabilité et de contrôle dans un monde de plus en plus incertain.

Un aperçu comparatif des opinions publiques européennes

Alors que l’Union européenne prépare son prochain budget à long terme pour la période 2028-2034, l’opinion publique offre un aperçu révélateur de la façon dont les citoyens perçoivent le monde, définissent leurs priorités et leurs attentes vis-à-vis de l’Union européenne.

C’est aussi l’occasion de comparer l’évolution de cette compréhension et de cette définition des objectifs entre les deux cycles budgétaires.

Une définition plus large de la protection

Ce qui ressort clairement de l' opinion publique européenne, c'est que la protection ne se limite plus à la défense militaire, mais s'étend à la résilience économique, à la sécurité énergétique, à la sûreté numérique et à la capacité des institutions à répondre à des crises simultanées. Plus précisément, la majorité des Européens se disent « très inquiets » face à divers problèmes de sécurité, notamment les conflits et guerres en cours aux portes de l'Union européenne (72 %), le terrorisme (67 %), les catastrophes naturelles aggravées par le changement climatique (66 %), les cyberattaques en provenance de pays tiers (66 %) et les flux migratoires incontrôlés (65 %).

Source : Enquête Eurobaromètre EP Automne 2025

Le dernier Eurobaromètre 2025 reflète une Union évoluant dans un contexte sensiblement différent de celui d'il y a cinq ans. Alors que le précédent cycle budgétaire s'était déroulé dans un climat de crise sanitaire mondiale, les discussions actuelles se tiennent dans un contexte d'instabilité géopolitique , d'incertitude économique et defragmentation de l'information .

Les priorités des citoyens ont évolué en conséquence. La sécurité, au sens le plus large, est désormais au cœur des préoccupations publiques. Une majorité d'Européens souhaitent que l'UE joue un rôle plus important dans leur protection contre les crises mondiales, l'accessibilité financière, la compétitivité économique, la défense et la sécurité étant identifiées comme des domaines d'action prioritaires.

Source : Enquête Eurobaromètre EP Automne 2025

L'essor du « numérique »

Dans le même temps, la nature des menaces perçues s'est diversifiée . Au-delà des préoccupations traditionnelles telles que les conflits et le terrorisme, les citoyens expriment un niveau d'inquiétude tout aussi élevé concernant la désinformation (69 %), les discours de haine (68 %), les contenus falsifiés générés par l'IA (68 %) et la protection des données (68 %). Ces chiffres témoignent d'une prise de conscience croissante du lien étroit entre sécurité et numérique, et du rôle que l'UE a à jouer dans tous ces domaines.

Source : Enquête Eurobaromètre EP Automne 2025

Cela contraste fortement avec le contexte du précédent cadre financier pluriannuel (2021-2027). Fin 2020, l'opinion publique était fortement influencée par la pandémie de Covid-19. L'anxiété économique dominait, 53 % des Européens anticipant une détérioration de leur économie nationale. La réponse de l'UE, et notamment le plan de relance de 1 800 milliards d'euros, était donc au cœur des attentes du public, 72 % des personnes interrogées estimant qu'il soutiendrait la reprise économique.

Source : Eurobaromètre Parlemètre 2020

De la solidarité à la voix européenne unie

Durant la pandémie, la solidarité et la protection sociale ont été au cœur des préoccupations. Les citoyens ont désigné la lutte contre la pauvreté et les inégalités (48 %) comme la priorité absolue du Parlement européen, tandis que le soutien à l'adhésion à l'UE a atteint des niveaux historiques. La crise a renforcé la perception de l'UE comme un stabilisateur économique, un rôle qui a consolidé sa légitimité.

Source : Eurobaromètre Parlemètre 2020

Aujourd'hui, cette dimension économique demeure importante, mais elle ne suffit plus à elle seule. L'évolution des priorités reflète une transformation plus profonde : d'une Union censée protéger les moyens de subsistance lors d'une crise sanitaire, elle est désormais appelée à gérer des risques complexes et interdépendants. La guerre en Ukraine, l'instabilité dans les régions voisines, conjuguée à la volatilité des marchés de l'énergie (comme la guerre en Iran et la hausse des prix de l'énergie), et les menaces hybrides ont redéfini ce que les citoyens considèrent comme urgent.

Malgré cette évolution, un élément demeure constant dans les deux eurobaromètres : un appel fort à l’unité et à l’affirmation de soi, puisque 89 % estiment que les États membres devraient agir de manière plus cohérente, tandis que 86 % souhaitent que l’UE fasse entendre sa voix plus fortement au niveau mondial.

Parallèlement, la confiance dans l'Union reste relativement forte, 62 % des personnes interrogées ayant une opinion positive de l'adhésion, au même niveau que les niveaux historiquement élevés de soutien enregistrés pendant la pandémie, et les jeunes Européens en particulier continuent d'exprimer un niveau élevé de soutien et d'optimisme.

Source : Enquête Eurobaromètre EP Automne 2025

Quelles conséquences cela aura-t-il sur le prochain budget de l'Europe ?

La comparaison des deux Eurobaromètres révèle une évolution dans la définition même de la sécurité. En 2020, la protection était synonyme de reprise économique et de santé publique. En 2025, elle englobe la défense, l'intégrité de l'information, la stabilité énergétique et la confiance institutionnelle.

Pour les décideurs politiques, cette évolution représente un défi clair : aligner le prochain budget de l’UE sur une opinion publique qui perçoit les liens entre les crises et les inscrit dans un paysage plus large et tout aussi interconnecté, exigeant à la fois une action immédiate et un cadre pour une résilience à long terme.

Façonner la conversation

Avez-vous quelque chose à ajouter à cette histoire ? Des idées d'interviews ou d'angles à explorer ? Faites-nous savoir si vous souhaitez écrire une suite, un contrepoint ou partager une histoire similaire.