Entre la fin de vos études et votre premier véritable emploi, il y a une période pour laquelle personne ne vous prépare vraiment. Vous postulez à des stages, vous en décrochez un, vous vous y rendez et vous faites le travail – souvent gratuitement. Vous vous dites que ça en vaudra la peine. Vous l'ajoutez à votre CV. Puis vous postulez pour le suivant.

C'est une étape tellement courante dans la vie professionnelle des jeunes que la plupart des gens ne s'interrogent pas. Mais plus on examine le fonctionnement réel des stages — qui les obtient, qui peut se les offrir et ce qui se passe en cas de problème —, plus il devient difficile de les considérer comme un simple passage obligé.

En décembre 2025, la Malta Model United Nations Society (MaltMUN) a publié « Le prix de l'expérience : un cadre politique pour des stages équitables à Malte » , son tout premier document de politique générale. Rédigé sous la direction et en collaboration avec une équipe de cinq chercheurs, ce document s'appuie sur le droit international des droits de l'homme, une analyse comparative de l'UE et une enquête menée directement auprès de 35 stagiaires afin d'examiner avec objectivité le fonctionnement du système de stages maltais – et ses lacunes.

Ce qu'elle a révélé n'est pas particulièrement surprenant si vous avez vous-même utilisé ce système. Mais le fait qu'il soit documenté, sourcé et mis par écrit est une toute autre affaire.

Ce que les stagiaires ont réellement dit

L'étude, menée auprès de 35 personnes ayant effectué des stages à Malte ou à l'étranger, dresse un constat que la plupart des jeunes professionnels reconnaîtront. À Malte, 68 % des stages étaient rémunérés, ce qui semble correct de prime abord, jusqu'à ce qu'on réalise que cela signifie qu'environ un tiers ne l'était pas. Quant aux stages effectués à l'étranger, les deux tiers étaient entièrement non rémunérés.

Un participant avait effectué un stage aux Nations Unies. Il a souligné l'ironie flagrante de travailler sans rémunération pour une organisation dont la mission principale est de mettre fin à l'exploitation du travail, et a précisé qu'il n'avait pu accepter ce poste que grâce au soutien financier de sa famille. C'est un détail, certes, mais il met en lumière un point récurrent de l'étude : les stages non rémunérés ne sont pas qu'un inconvénient, ils constituent un véritable filtre. Les personnes qui y sont admises ne sont souvent ni les plus talentueuses ni les plus motivées ; ce sont simplement celles qui pouvaient se permettre de payer les frais d'inscription.

Les problèmes ne se limitaient pas à la rémunération. Environ la moitié des personnes interrogées ont déclaré que leurs tâches étaient toujours liées à leur domaine d'études, tandis que 38 % ont indiqué qu'elles ne l'étaient que parfois. Une partie d'entre elles consacrait de longues périodes à des tâches sans rapport avec leur raison d'être : classement, destruction de documents, gestion de la boîte mail d'un collègue. Concernant le mentorat, un quart des personnes interrogées ont déclaré recevoir rarement, voire jamais, d'encadrement adéquat. L'une d'elles a raconté s'être fait dire par son responsable qu'elle ignorait des connaissances qui n'étaient même plus enseignées à l'école. Une autre a expliqué avoir reçu des missions complexes sans aucune explication, puis avoir été critiquée lorsque son travail ne répondait pas à des critères implicites.

La loi ne couvre pas vraiment cela.

Si ces situations persistent à Malte, c'est en partie parce que le cadre juridique n'a pas été conçu pour les encadrer. La principale loi maltaise sur l'emploi, la loi sur l'emploi et les relations industrielles, ne définit pas les stages comme une catégorie à part entière. De ce fait, un stage non rémunéré peut être considéré comme une formation professionnelle et, de facto, exclu des protections accordées aux salariés, notamment le salaire minimum. La loi sur l'éducation ajoute une ambiguïté supplémentaire en définissant les stages comme des expériences de formation axées sur l'acquisition de connaissances plutôt que sur le travail productif, sans obligation de rémunération. En pratique, cela laisse une grande latitude aux employeurs pour proposer des stages non rémunérés sans enfreindre la loi, pourvu qu'ils présentent un caractère suffisamment éducatif.

Aucun tribunal maltais n'a encore tranché directement cette question, ce qui explique que l'ambiguïté n'ait jamais été véritablement levée. L'application de la loi relève du Département des relations industrielles et de l'emploi et de Jobsplus, mais déposer une plainte implique de nommer son employeur dans un petit milieu professionnel où l'on a encore besoin de références et de perspectives d'avenir. La plupart des gens n'y ont pas recours, et le système reste inchangé.

L'Europe tente de remédier à cela, lentement.

Malte est confrontée à un problème qui touche les jeunes de tout le continent, et l'UE s'y attelle, mais trop lentement pour aider ceux qui sont actuellement en stage. Environ 1,5 million de jeunes Européens effectuent un stage à un instant T, et l'UE ne peut pas simplement interdire les stages non rémunérés, car la politique de l'emploi relève en grande partie de la compétence nationale. Elle peut en revanche promouvoir des normes minimales par le biais de la législation, et après des années de mobilisation des organisations de jeunesse, le processus est enfin en marche.

En octobre 2025, la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen a approuvé une proposition de règles contraignantes exigeant des conventions écrites précisant la rémunération, les tâches et les objectifs d'apprentissage de chaque stagiaire, les stages étant généralement limités à six mois. La position du Parlement va nettement plus loin que celle du Conseil, qui avait restreint la portée de la proposition initiale de la Commission européenne et assoupli les critères d'identification de l'exploitation. Les négociations entre les trois institutions se poursuivent et, même en cas d'accord final, les États membres conserveraient une marge de manœuvre importante quant à sa mise en œuvre, rendant ainsi une réforme nationale indispensable.

Le document de MaltMUN met également en lumière une tension particulièrement préoccupante pour quiconque travaille dans la société civile ou les organisations internationales. Des études ont révélé que 80 % des stages dans les ONG européennes ne sont pas rémunérés ou sont inférieurs au salaire minimum national. Autrement dit, des organisations dont la mission est de défendre les droits et la justice dépendent souvent du travail gratuit pour fonctionner. Le Conseil national de la jeunesse de Malte (KNŻ) s'oppose à cette situation au niveau européen, aux côtés du Forum européen de la jeunesse, mais les mécanismes structurels qui perpétuent les stages non rémunérés ne disparaîtront pas d'eux-mêmes. Une étude du Forum européen de la jeunesse a montré qu'un stage non rémunéré de six mois coûte en moyenne plus de 6 000 € à un jeune Européen, frais de subsistance inclus, et que près de 70 % des personnes interrogées ont déclaré ne pas pouvoir se permettre d'effectuer un travail non rémunéré. Cela soulève une question fondamentale : à qui profite réellement le système actuel ?

Ce que le document demande réellement

Le document MaltMUN n'est pas seulement une critique ; il présente également un ensemble précis de propositions pour Malte, organisées en quatre domaines.

Sur le plan juridique, le document préconise une modification de la loi EIRA afin d'y inclure une définition précise du stage, scindée en trois catégories : les stages d'enseignement intégrés à un cursus diplômant ; les stages bénévoles de courte durée (moins de deux mois) ; et les stages de longue durée (plus de deux mois), qui seraient assimilés à un emploi bénéficiant de la pleine protection du droit du travail. Pour cette dernière catégorie, le document propose une rémunération initiale équivalente à 60 % du salaire minimum légal, portée à 80 % après six mois, avec un contrat écrit obligatoire pour tous les stagiaires.

Pour garantir l'application de la réglementation, il est recommandé de créer un Registre national des stages où tous les stages devraient être enregistrés, ainsi qu'un médiateur indépendant des stages habilité à enquêter confidentiellement sur les plaintes et à publier ses conclusions. Les inspecteurs du travail disposeraient de ressources dédiées et du pouvoir d'infliger des amendes de 5 000 à 15 000 € en cas d'infraction, en ciblant particulièrement les secteurs où les problèmes ont tendance à se concentrer : les ONG, les médias, les services juridiques et les institutions politiques.

Concernant le soutien financier, le document propose un Fonds d'accessibilité aux stages octroyant des bourses mensuelles de 400 à 600 € aux étudiants issus de milieux défavorisés, ainsi que des subventions salariales couvrant 50 à 70 % de la rémunération des stagiaires pour les ONG et les PME éligibles. L'idée est que certaines organisations sont véritablement dans l'incapacité de rémunérer les stagiaires sans aide, et qu'une réforme qui ne prend pas en compte cette réalité risque de supprimer des stages au lieu de les améliorer.

Enfin, une certification volontaire Fair Internship Malta permettrait de reconnaître les organisations qui vont au-delà du minimum requis, associée à une obligation pour les universités de vérifier scrupuleusement leurs partenaires de stage, d'abandonner ceux qui exploitent les travailleurs et de commencer à enseigner aux étudiants leurs droits en matière d'emploi avant même qu'ils ne franchissent la porte d'une entreprise.

Le tableau d'ensemble

L'article souligne que l'exploitation des stagiaires n'est pas seulement un problème individuel ; elle a un impact plus général sur le marché du travail. Lorsque les entreprises peuvent pourvoir des postes avec des stagiaires non rémunérés, elles sont moins incitées à créer de véritables emplois rémunérés pour débutants. Lorsque seules les personnes disposant de moyens financiers peuvent acquérir l'expérience nécessaire pour être embauchées, l'idée que les carrières se construisent au mérite perd de son sens.

La taille de Malte, selon l'article, constitue en réalité un atout. La communauté professionnelle y est suffisamment concentrée pour que les réformes soient réalistes et puissent être correctement suivies. Ce qui a fait défaut, ce n'est pas l'infrastructure, mais la volonté politique de l'utiliser.

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