Comment le gouvernement controversé de Géorgie sape le système éducatif

Ces deux dernières années, la Géorgie a été au centre de l'attention internationale. Son statut de pays candidat à l'UE, la « loi russe » et les élections contestées ont propulsé ce pays auparavant peu connu, souvent confondu avec un État américain, sur la scène mondiale, jusqu'à faire la une de médias comme la BBC.

Malgré les manifestations massives qui ont eu lieu dans plusieurs villes, dont Tbilissi, Koutaïssi et Batoumi, le parti au pouvoir, Rêve géorgien, continue de mettre en place des lois qui isolent les jeunes de l'Europe et restreignent leur accès à l'éducation.

Les partis d'opposition, les organisations de la société civile et une partie du mouvement de protestation ont décrit les autorités actuelles comme dépourvues de pleine légitimité démocratique à la suite d'élections contestées, bien que le gouvernement demeure internationalement reconnu et poursuive sa coopération avec l' Union européenne et d'autres partenaires internationaux.

Au cours de l'année écoulée, le parti pro-russe a lancé une vaste réforme de l'enseignement général et supérieur. Élaborées fin 2025 et approuvées par le Parlement début 2026, ces réformes risquent de priver environ 25 000 élèves d'accès à l'enseignement supérieur et d'aggraver les difficultés financières de familles déjà en situation précaire.

Annulation de la 12e année

Le premier changement, et le plus controversé politiquement, a été la suppression de la 12e année, ce qui signifie que l'enseignement obligatoire prendrait fin après la 11e année et serait finalement suivi par la suppression des examens nationaux unifiés.

Cette décision a suscité la controverse pour plusieurs raisons. La plus importante est que la suppression de la terminale marque une rupture avec le système éducatif européen. La Géorgie avait instauré un système scolaire de douze ans après son adhésion au processus de Bologne afin de se conformer aux normes d'admission à l'université en Europe, où douze années de scolarité sont généralement requises avant l'accès à l'enseignement supérieur.

Bien que le système de Bologne réglemente techniquement les universités et non les écoles, les pays ont adapté la durée de la scolarité afin que les diplômés puissent être admis à l'étranger. La suppression de la dernière année complique donc l'admission des étudiants géorgiens à l'international.

Un autre effet immédiat serait la concurrence. Au lieu d'environ 25 000 candidats, près de 40 000 étudiants passeraient les examens nationaux unifiés en 2027, ce qui réduirait considérablement les chances d'admission à l'université.

Face à la vive contestation, le Premier ministre Irakli Kobakhidze a annoncé une modification de la décision. La terminale pourrait devenir facultative pour les élèves souhaitant poursuivre des études supérieures à l'étranger. Cependant, le gouvernement ayant déjà revu sa politique à plusieurs reprises, les critiques restent sceptiques quant à la pérennité de cette décision.

« Une faculté – Une ville »

Une autre réforme consiste à appliquer le principe « une faculté – une ville ». Selon le gouvernement, certains domaines d'études seraient regroupés dans des lieux précis au lieu d'être proposés dans plusieurs universités réparties dans différentes villes.

Les autorités affirment que cette mesure permettrait de décentraliser la capitale, de réduire la surpopulation à Tbilissi et de favoriser le développement régional. En réalité, elle aura pour conséquences : une limitation de l'autonomie universitaire, déjà préoccupante compte tenu de la dérive antidémocratique du « rêve géorgien » ; une restriction de la liberté de choix des étudiants et des contraintes de déménagement pour étudier la profession souhaitée. Pour de nombreuses familles, ce déménagement engendrerait des difficultés financières supplémentaires considérables.

Suppression des subventions publiques aux universités privées

Une autre modification consisterait à supprimer les bourses d'État dans les universités privées.

Auparavant, l'aide financière était conditionnée par les résultats aux examens : les étudiants pouvaient recevoir une bourse couvrant 100 %, 80 % ou une partie des frais. Le montant maximal de l'aide publique s'élève à 2 250 GEL, tandis que les frais de scolarité dans les universités privées varient de 3 000 à 6 000 GEL. Même la bourse la plus élevée ne suffisait pas à couvrir intégralement les frais de scolarité pour de nombreux étudiants.

La suppression pure et simple des bourses pourrait réduire la participation universitaire d'environ 7 000 étudiants qui n'auraient tout simplement pas les moyens de financer leurs études.

Limiter les choix universitaires

Avant la réforme, les étudiants pouvaient classer plusieurs universités par ordre de priorité lors de l'inscription à l'examen unique. Si leurs résultats étaient insuffisants pour le premier choix, le système vérifiait automatiquement l'option suivante. Ainsi, seuls les résultats extrêmement faibles empêchaient un étudiant d'être admis.

Selon cette nouvelle règle, un étudiant ne serait autorisé à choisir qu'une seule université, éliminant ainsi toute possibilité de repli et augmentant considérablement le risque d'exclusion de l'enseignement supérieur.

Compte tenu du chômage et du faible salaire moyen dans les secteurs du commerce de détail et des services, qui se situe autour de 800 à 1200 GEL par mois (266 à 400 euros), tandis que le loyer et les charges à Tbilissi atteignent souvent 1300 à 1500 GEL, la réforme pourrait augmenter fortement le nombre de jeunes adultes sans emploi ou sous-payés, ce qui finira par provoquer un effondrement économique et une immigration massive, qui constitue déjà un problème majeur pour le pays.

Résultats et perspectives ?

Pris dans leur ensemble, les critiques affirment que ces réformes risquent de réduire la compatibilité avec les systèmes éducatifs européens, de limiter l'autonomie institutionnelle et d'accroître les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur.

Des spécialistes de l'éducation et des représentants universitaires, cités par les médias régionaux, dont OC Media , ont averti que restreindre l'accès à l'université pourrait accélérer l'émigration des jeunes et aggraver les inégalités économiques à long terme. Des professeurs et des étudiants ont déjà protesté contre certaines initiatives, obtenant ainsi un réexamen de certaines politiques.

La pression publique demeure donc l'un des rares mécanismes capables d'influencer la politique éducative. Le débat actuel soulève en définitive une question plus large : les réformes favoriseront-elles le développement régional ou réduiront-elles les perspectives d'avenir de la prochaine génération d'étudiants géorgiens ?

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