L'opposition publique s'intensifie autour de l'île de Noma, sur fond de questions politiques et de préoccupations environnementales.
L’inquiétude du public concernant la plateforme de divertissement flottante « Noma Island » ne cesse de croître, les autorités locales, les organisations environnementales et les citoyens s’alarmant de son impact potentiel, de l’incertitude réglementaire et des liens politiques présumés.
Le conseil municipal de St Paul's Bay a adopté une approche prudente, soulignant que des détails opérationnels et juridiques essentiels demeurent flous. À la suite d'une réunion tenue le 12 mars, le conseil a indiqué avoir officiellement demandé des éclaircissements à Transport Malta, à l'Autorité du tourisme de Malte (MTA) et à l'Autorité de l'environnement et des ressources (ERA) concernant les permis, les mesures de protection de l'environnement et les implications logistiques.
Toutefois, au moment de sa déclaration, le conseil n'avait reçu aucune réponse officielle. Il a souligné que les informations actuelles reposent en grande partie sur des articles de presse et des documents promotionnels, qui « ne peuvent être considérés comme officiels ni vérifiés ».
Licence confirmée, mais l'incertitude persiste.
Le navire posséderait une licence d'exploitant de navire commercial et serait destiné à servir de lieu de réception stationnaire au mouillage, les clients étant transportés par des embarcations plus petites. Toutefois, il n'est pas encore certain qu'il dispose de tous les permis nécessaires. Transport Malta a confirmé que le navire possède un certificat d'immatriculation provisoire et qu'il satisfait aux exigences standard en matière de licences.
Néanmoins, les autorités n'ont pas encore clarifié certains aspects clés de son fonctionnement, laissant sans réponse des questions relatives à son application, à sa surveillance et à son impact environnemental.
Les maires lancent de fermes avertissements
Les maires locaux figurent parmi les critiques les plus virulents du projet, avertissant qu'il pourrait exercer une pression insoutenable sur des zones côtières déjà surpeuplées.
Le maire de Sliema, John Pillow, a déclaré : « Soyons clairs : aucune plateforme flottante de fête n'a sa place dans les eaux de Sliema. Le port et le littoral de Sliema ne sont pas des lieux appropriés pour une plateforme de divertissement flottante conçue pour accueillir des centaines de personnes. »
Le maire de Mellieħa, Gabriel Micallef, a également exprimé son inquiétude, soulignant la forte pression déjà exercée sur sa commune en haute saison. « L’installation d’une structure de loisirs de cette envergure dans un environnement déjà si fréquenté soulève de sérieuses questions de sécurité, de bruit, d’impact environnemental et de respect de la réglementation », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que la proximité de la zone avec des sites écologiquement sensibles, notamment la réserve naturelle de Għadira et Foresta 2000, rend le projet particulièrement problématique. « Les intérêts des riverains, la sécurité et l’environnement doivent toujours primer », a souligné Micallef.
D'autres localités ont exprimé une opposition similaire, le maire de Għajnsielem, Kevin Cauchi, qualifiant la plateforme d'« ajout très indésirable » à des eaux déjà aux prises avec des problèmes de bruit et de déchets.
Les ONG mettent en garde contre de graves conséquences environnementales
Une coalition de neuf organisations environnementales et patrimoniales a fermement condamné le projet, notamment suite aux informations selon lesquelles le navire pourrait être stationné près de Comino, un site protégé par Natura 2000.
Les ONG ont averti que la plateforme pourrait engendrer des nuisances sonores et lumineuses, des déchets, une contamination des eaux usées, une pollution atmosphérique et des dommages aux fonds marins. Elles ont également souligné que la présence d'une telle structure pourrait perturber les écosystèmes marins, notamment la nidification des tortues marines et les déplacements des oiseaux et mammifères marins.
Ils ont exhorté les autorités à donner la priorité à la protection de l'environnement et ont mis en garde contre toute nouvelle commercialisation du milieu marin maltais, déjà fragilisé.
La pétition témoigne d'une inquiétude croissante du public.
L'opposition publique s'est également manifestée sous la forme d'une pétition parlementaire qui a recueilli plus de 1 200 signatures.
La pétition demande :
- Suspension immédiate de toutes les opérations en attendant le respect intégral des réglementations légales et environnementales.
- Divulgation complète des permis, licences et de l'identité des exploitants et des bénéficiaires
- Évaluations indépendantes des impacts environnementaux et sonores
- Un processus de consultation publique transparent
- La protection du milieu marin maltais en tant que bien public partagé
Les militants affirment que permettre la poursuite du projet sans examen approfondi risque de créer un précédent susceptible de compromettre la protection des eaux territoriales de Malte.
Le lien avec Zammit Tabona soulève des questions politiques
Momentum est un petit parti politique centriste maltais qui met l'accent sur la réforme de la gouvernance, la transparence et la protection de l'environnement. Son chef, Arnold Cassola, a exprimé des inquiétudes quant au contexte politique et financier du projet.
Une nouvelle controverse a éclaté suite aux allégations de Cassola, qui affirme que le projet pourrait être lié à la famille Zammit Tabona par le biais de 356 Entertainment, la société qui promeut la plateforme. Il a déclaré que le site web promotionnel de Noma Island appartient à Live Nation, société liée à 356 Entertainment, où des membres de la famille Zammit Tabona détiendraient des parts. Le registre du commerce maltais confirme l'implication de membres de la famille dans des entreprises liées au projet.
Cassola a également souligné que la famille Zammit Tabona est connue pour être un donateur du Parti travailliste et qu'elle entretient des liens avec de hauts responsables de ce parti. Selon lui, des personnes liées à cette famille ont par le passé employé des personnalités importantes, notamment l'ancien Premier ministre Joseph Muscat, l'ancien directeur général du Parti travailliste Clayton Bartolo et Amanda Muscat.
Ces liens présumés ont soulevé des inquiétudes plus générales quant à d'éventuels lobbyings politiques et conflits d'intérêts. Les critiques estiment que les antécédents de dons politiques de la famille et ses liens avec de hauts responsables justifient un examen plus approfondi, notamment dans le cadre d'un projet qui semble avoir progressé sans contrôle public clair. Les allégations selon lesquelles des personnes liées à la famille auraient employé des personnalités politiques de premier plan ont encore renforcé la perception d'un chevauchement entre intérêts commerciaux et réseaux politiques.
Bien qu'aucune preuve formelle d'acte répréhensible n'ait été établie, les critiques estiment que le manque de transparence concernant les permis, les structures de propriété et le processus décisionnel risque de saper la confiance du public. Ce manque de transparence renforce également les inquiétudes persistantes à Malte quant à la gouvernance, la responsabilité et les modalités d'approbation des grands projets commerciaux impliquant des ressources publiques.
Un autre cas fréquemment cité par les critiques est celui de l' accord de Fortina, une concession de longue date et controversée portant sur des terres publiques de premier choix à Sliema. Les opposants affirment que ces terres ont été concédées à des conditions nettement inférieures à leur valeur marchande, ce qui soulève des questions quant à la gestion des biens publics.
Arnold Cassola a cité cette affaire comme un élément d'un problème plus vaste, arguant que de telles décisions ne sauraient être imputées uniquement à des fonctionnaires, mais impliquent également une responsabilité politique au plus haut niveau. Il a suggéré que si des dons politiques coïncidaient avec un traitement de faveur dans des accords portant sur des terres publiques, cela pourrait révéler un système plus étendu de clientélisme et d'influence indue.
Bien qu'aucune malversation n'ait été formellement établie, cette affaire continue d'être évoquée dans les débats sur la transparence, le lobbying et l'intégrité des processus décisionnels à Malte.
Préoccupations liées à l'application de la loi mises en évidence
Momentum a également soulevé des préoccupations plus générales concernant l'application des réglementations maritimes, arguant que les règles existantes sont déjà appliquées de manière inadéquate pendant les mois d'été.
Évoquant les troubles fréquents causés par les bateaux de fête, Cassola a averti que la réglementation est inefficace sans une application rigoureuse. Le parti a insisté sur le fait qu'aucune nouvelle licence pour les lieux de divertissement flottants ne devrait être délivrée tant que les autorités ne seront pas en mesure de faire respecter la législation en vigueur.
Un projet de plus en plus scruté
Face à l'intensification des critiques, la controverse autour de l'île de Noma ne se limite plus à une simple plateforme de loisirs flottante : elle est devenue un test pour la gouvernance, la transparence et la responsabilité à Malte. Les questions en suspens concernant les permis, l'impact environnemental et les liens politiques soulèvent une interrogation fondamentale : la confiance du public repose désormais sur la capacité des autorités à agir avec fermeté et transparence. Pour beaucoup, l'enjeu dépasse le cadre d'un simple projet : les mers maltaises sont-elles gérées dans l'intérêt public ou, au contraire, discrètement ouvertes à des projets privés guidés par l'influence, l'accès aux ressources et le pouvoir ?

