Vous souvenez-vous de l'époque où il fallait attendre son émission de télévision préférée, son dessin animé ou le journal télévisé du soir, entrer dans une bibliothèque pour choisir son prochain livre, ou rechercher activement des points de vue différents du sien ? Une époque où le désir d'élargir son horizon exigeait des efforts et de la patience.
Aujourd'hui, l'information nous parvient automatiquement. Les flux personnalisés anticipent nos préférences et filtrent ce qu'ils jugent inapproprié. La question de savoir comment trouver l'information n'est plus d'actualité ; cependant, le contenu que nous consommons est-il suffisant pour développer notre esprit critique ?
L'impact sur les jeunes utilisateurs
Ce qui peut paraître comme une simple commodité technologique se révèle bien plus complexe si l'on considère son impact sur la construction identitaire. Pour les jeunes utilisateurs des réseaux sociaux, cette dynamique est particulièrement significative. En pleine construction de leurs croyances et de leurs valeurs, les jeunes peuvent voir leur identité en devenir profondément influencée par les algorithmes des réseaux sociaux. De plus, il est particulièrement alarmant de constater que nombre d'entre eux ignorent comment ces écosystèmes algorithmiques filtrent les contenus ou, même lorsqu'ils en sont pleinement conscients, manquent de l'esprit critique nécessaire pour distinguer les informations fiables et pertinentes (Ahmmad, Shahzad, Iqbal & Latif, 2025).
Bulles filtrantes et chambres d'écho
Un problème majeur se pose lorsque notre exposition se limite aux flux d'informations gérés par des algorithmes. Une toute nouvelle réalité numérique se construit alors, fondée sur nos intérêts personnels, créant une « bulle de filtres » où un algorithme sélectionne les contenus qui correspondent à nos préférences. Proches des « bulles de filtres », les « chambres d'écho » sont des environnements où les individus interagissent principalement avec des personnes partageant les mêmes idées (Pariser, 2011).
Comment les flux RSS façonnent les croyances
L'inconvénient de cette évolution technologique est l'isolement des individus. Une étude à grande échelle menée auprès d'utilisateurs de Facebook démontre que ces derniers sont principalement exposés à des contenus idéologiquement cohérents. Le fil d'actualité a réduit l'exposition à des contenus contradictoires d'environ 5 % chez les conservateurs et de 8 % chez les progressistes. Nous nous rendons rarement compte de ce rétrécissement de notre univers informationnel. Il se produit progressivement, une recommandation après l'autre. De ce fait, l'esprit critique s'atrophie insidieusement. Entourés de créateurs qui partagent notre vision du monde, nous sommes moins enclins à remettre en question nos croyances et nos hypothèses. D'ailleurs, est-ce vraiment nécessaire si nous avons tant de personnes qui nous ressemblent sur notre fil d'actualité ?
Vulnérabilité à la désinformation
Le risque est que les utilisateurs soient plus enclins à accepter la désinformation. La propagation de la désinformation et ses conséquences suscitent une attention croissante de la part des gouvernements, des organisations internationales et des chercheurs. Des études expérimentales récentes soulignent l'importance de développer l'esprit critique pour réduire la vulnérabilité à la désinformation. En effet, le visionnage de vidéos de déconstruction des biais cognitifs a incité les individus à prendre leur temps et à réfléchir aux informations consommées. Cela a réduit d'environ 30 % la probabilité de percevoir de fausses informations (List, JA, Ramirez, LM, Seither, J., Unda, J., & Vallejo, BH, 2024).
Certes, on ne saurait prétendre que le passé ait été un âge d'or de la rationalité. Néanmoins, l'organisation de la consommation d'information était indéniablement différente, puisqu'elle exigeait une recherche active des réponses aux questions plutôt qu'une réception passive d'un contenu que nous n'avions peut-être pas choisi délibérément.
